3 questions à Jean-Pascal Marron, chef du service numérique de Paris Musées

5 août 2026
Vie fédérale

POUVEZ-VOUS RAPPELER VOTRE PARCOURS ?

Je fais partie de la génération des pionniers, puisque j’ai commencé ma carrière au milieu des années quatre-vingt-dix, dans la production de CD-Rom culturels et éducatifs au sein de la société Index + dont j’étais responsable juridique. Mais ce qui m’intéressait, c’était plutôt la production et la création.

En 1998, j’ai donc monté SoloTusk, une agence qui fédérait un collectif de créateurs numériques indépendants. Puis, au début des années 2000, à force de survalorisations boursières, la bulle spéculative des valeurs du web a fini par exploser. Mon entreprise n’a pas été épargnée et j’ai dû mettre fin à ce projet entrepreneurial. J’ai ensuite intégré, en tant que responsable de clientèle et chef de projet, une agence de communication qui avait progressivement évolué de la web agency vers l’agence 360 degrés.

J’ai travaillé sur plusieurs projets intéressants, dont beaucoup dans le domaine culturel et de la muséographie, notamment avec la Cité des Sciences, le Louvre, le Centre Georges Pompidou, la Cité de l’architecture et du patrimoine…

Au bout de huit ans, j’avais un peu fait le tour et j’ai été recruté, en 2012, par la ville de Nîmes pour diriger l’ensemble du projet audiovisuel et multimédia du Musée de la Romanité qui a ouvert en 2018 et est doté d’un programme numérique assez conséquent. J’ai également collaboré avec tous les musées de la Ville à propos de leur développement numérique. Au bout de treize ans, les projets commençaient à être moins intéressants et j’ai postulé auprès de Paris Musées qui cherchait un chef du service numérique.

Trois choses me motivent : le goût de la culture ; celui de la transmission en créant des outils qui permettent de partager des savoirs et des émotions ; enfin, le goût de l’innovation qui incite à repenser très régulièrement les choses pour s’emparer des nouveaux formats et des nouveaux outils.

QUELS SONT LES FACTEURS QUI, CES DERNIÈRES ANNÉES, ONT MODIFIÉ LES HABITUDES DE CONSOMMATION CULTURELLE ?

Les pratiques culturelles ont été impactées par la numérisation et l’accès aux contenus via Internet. On est passé de supports physiques à des supports dématérialisés pour accéder à la culture, qu’il s’agisse du cinéma, de la musique, des arts plastiques, etc. Le fait de rendre accessible, de manière très simple et rapide, tout un ensemble de contenus, peut leur faire perdre de la valeur intrinsèque que confère la rareté. C’est, peut-être, un peu dommage.

Le côté positif, c’est qu’avec Internet, on dispose d’un outil très puissant pour mettre la culture à la portée des publics, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, peu importe où l’on se trouve.

L’autre grande tendance, ce sont les innovations liées aux technologies de l’image, du son, de l’interactivité et de l’immersion qui se sont développées dans les lieux culturels, principalement les musées et les lieux de patrimoine. À la clé, des offres d’expériences autour des contenus, lors des visites, qui sont radicalement nouvelles par rapport à l’offre de médiation que proposaient traditionnellement les musées. Ils ont su s’emparer de ces innovations pour en tirer le meilleur.

C’est une démarche volontaire et génératrice de sens.

DE QUELLE MANIÈRE LES ASSOCIATIONS CULTURELLES DE LA FSCF PEUVENT S’INSÉRER DANS CES NOUVELLES DYNAMIQUES ?

En intégrant, dans leurs propositions culturelles, des éléments en lien avec les nouveaux supports de création et culturels véhiculés par le numérique.

Elles peuvent également organiser des événements en ligne qui vont permettre de toucher des publics à distance. Par exemple, des musées assurent des visites virtuelles en ligne couplées à des visioconférences avec un guide.

Extrait du magazine Les Jeunes n°2602 (mai-juin 2026), la revue officielle de la FSCF.

 

FEUILLETEZ LE NUMÉRO